Depuis mon dernier épisode, ma patate a mué. Lentement, sans faire de bruit, comme une vieille monture cabossée qui aurait traversé mille tempêtes mais tiendrait encore fièrement la route. Mon Dell Inspiron 1545 — affectueusement surnommé la patate, parce qu’il rame, certes, mais il rame droit — est devenu bien plus qu’un simple laptop d’appoint. C’est aujourd’hui un petit coin de paradis numérique. Un refuge. Une bibliothèque vivante de pépites SF oubliées par le grand Internet.
Je parle de ces films qu’on rippe comme on restaurerait une vieille bagnole : à la main, avec amour, en acceptant les défauts de compression comme des marques du temps. Des fichiers aux noms absurdes, nichés dans des dossiers aux titres cryptiques mais affectueux. « RétroSF_VO_Bis » ou « A-trier-peut-être-pas », tu vois le genre. Le genre de collection que tu protèges comme une caisse de vinyles rares, un trésor personnel.
Pendant un temps, tout roulait. Plex était le passeur idéal entre ma patate et les autres écrans du foyer. Une sorte de petit Netflix maison, chic mais pas trop, efficace et serviable. Mon Padawan — retranché derrière une Freebox dans une banlieue tranquille — pouvait y piocher des classiques comme Planète Interdite ou Le Maître du Monde comme s’il était assis à côté de moi, popcorn en main.
Et puis, un matin, Plex a décidé de se prendre pour la douane.
Plex : péage numérique et frustration moderne
Nouvelle règle : tu veux lire tes propres fichiers à distance ? Ce sera 2€ par mois. Même si ton serveur tourne au poil. Même si c’est du Direct Play pur jus. Même si le seul truc que tu veux, c’est regarder un film que tu as encodé, renommé, classé, sous-titré et choyé comme un moine bénédictin du .mkv.
2 balles. Pour un accès distant à ton propre contenu.
Alors oui, je veux bien soutenir les devs. Je suis le premier à donner pour les bons outils. Mais là, on ne parle pas de confort ou de service en plus. On parle d’un mur dressé entre moi et mes propres archives, parce que je ne suis pas sur le bon réseau Wi-Fi. Le comble.
Même mon Padawan, d’habitude plus zen qu’un maître Jedi sous valium, a froncé les sourcils. Il a grogné. C’était le signe. Il était temps de tracer notre propre chemin. Direction : la voie libre.
Jellyfin : open source, roots, et furieusement libre
Et là, on a croisé Jellyfin. Pas de blabla. Pas de paywall. Pas de pub. Pas de flicage. Juste toi, ton serveur, et une communauté de passionné·es qui hackent joyeusement dans tous les sens.
Né d’un divorce un peu sale avec Emby, Jellyfin a tout ce qu’il faut pour plaire aux bricoleurs : une vraie lecture directe, une interface personnalisable, des plugins maison, et cette sensation grisante d’avoir repris le contrôle. Au début, je t’avoue, j’ai hésité. L’interface est un peu austère, façon Debian en 2008. Mais ça marche. Et surtout, ça respecte ma vision.
J’ai soufflé un bon coup et relancé ma Debian sur la patate. Ouverture des ports, contournement des caprices de la Livebox (mention spéciale à son interface préhistorique), mise en place d’un DynDNS… et bam.
Une expérience artisanale mais jouissive
Avec Jellyfin, tu peux tout retoucher. L’interface, les métadonnées, le logo, les thèmes. T’as même moyen de balancer ton propre CSS. Spoiler : ma patate a maintenant son propre logo, un petit clin d’œil à moustache. Et le plus beau dans tout ça ? Les fichiers passent. Directement. Même les gros. Même les relous. Les vieux fichiers en VP9 avec trois pistes audio et des sous-titres maison ? Nickel. Zéro buffer. Pas de moulinage. Juste l’image, le son, et cette sensation de victoire discrète, presque intime.
Tu veux du 4K avec du DTS multicanal depuis un Dell de 2007 ? Ça passe. Ça chauffe un peu, mais ça passe.
L’épreuve des apps : trahisons et solutions
Là où Jellyfin trébuche un peu, c’est sur les apps mobiles. L’officielle, que ce soit sur iOS, Android, Apple TV ou même iPad, est une sorte de piège. Elle force le transcodage, même quand y’en a pas besoin. Résultat : lags, artefacts, frustration.
Mais là encore, la communauté a trouvé des parades. Sur iOS, l’app Swiftfin est une bénédiction. Open-source, légère, respectueuse. Elle lit tout sans broncher, même en 4K, même en 4G, même au fond d’un parking souterrain. Et je sais de quoi je parle : je l’ai testée en roulant sur une nationale paumée au fin fond de l’Allier.
Sur Android TV ou Xbox, c’est un peu plus roots. On ressort Kodi, on ajoute l’extension JellyCon, et ça roule. Pas forcément user-friendly au départ, mais efficace une fois en place. Comme une vieille moto : faut la connaître, mais après, c’est que du plaisir.
Et maintenant ? On peaufine.
Jellyfin n’est pas un outil pour les flemmards. Il demande un peu d’investissement. Un peu de lecture. Quelques plantages. Quelques cafés. Mais une fois tout calé, c’est un vrai bonheur. Un truc presque politique, même. Refuser de payer pour ce qu’on possède déjà. Refuser qu’un service commercial t’interdise l’accès à ta propre mémoire numérique.
C’est un choix. Un mode de vie. Un manifeste pour les nerds libres.
Et quelque part, d’abonnements à rallonge et de perte de contrôle, c’est presque révolutionnaire…

An excellent and thoughtful piece.